Un système agricole et alimentaire en crise

L’agriculture française est confrontée à une crise majeure. Depuis le début des années 1980, la France a perdu plus d’un million d’emplois agricoles[1] et 70% de ses exploitations[2]. Si cette tendance se poursuit, l’INSEE estime que ce nombre pourrait atteindre les 80% à l’horizon 2035[3].

Des transformations importantes s’opèrent depuis les années 1960, notamment à la suite de la mise en place de la Politique Agricole Commune en 1962 : baisse de l’emploi, agrandissement des exploitations, utilisation d’engrais et de produits phytosanitaires… L’agriculture s’est industrialisée, et le libéralisme s’est renforcé. Ces évolutions ont profondément modifié notre système agricole au détriment d’une production locale, responsable et durable. Le consommateur, toujours plus éloigné du producteur, devient dépendant d’un système alimentaire mondialisé et standardisé.

Bien que la France soit toujours la première productrice au niveau européen De nombreux producteurs agricoles français ne parviennent plus à vivre dignement, décourageant les nouvelles générations d’assurer la relève. La situation est critique : d’ici dix ans, la moitié des agriculteurs français auront atteint l’âge de la retraite[6].

Dans le même temps, l’accès à une alimentation saine et de qualité reste profondément inégale : en France, le nombre de personnes ayant recours à l’aide alimentaire a triplé en trois ans, atteignant près de 9 millions de bénéficiaires en 2023[7].

 

L’économie sociale et solidaire, actrice de l’agriculture et de l’alimentation durable

L’économie sociale et solidaire, par son ancrage local et ses principes fondamentaux, agit en faveur d’une agriculture plus durable et d’une alimentation saine et accessible.

A travers la valorisation de circuits courts (coopératives agricoles, AMAP…), l’ESS relocalise les flux alimentaires et sécurise les débouchés pour les producteurs. A travers l’Insertion par l’Aide Economique comme à travers la mise en place d’aides alimentaires associatives, elle allie initiatives sociales et alimentation de qualité. Des actions de récupération des invendus et de lutte contre le gaspillage alimentaire sont vivement portée par l’économie sociale et solidaire.

L’ESS agit également sur un enjeu stratégique : la préservation du foncier agricole. En mobilisant dons et épargne citoyenne, des acteurs comme Terre de Liens Île-de-France sanctuarisent des terrains agricoles, facilitent l’installation de nouveaux exploitants et accompagnent de nouveaux projets écologiquement responsables.

 

Collectivités et structures de l’ESS : coopérer pour repenser nos systèmes agricoles et alimentaires

Les collectivités territoriales jouent un rôle décisif dans cette transition vers des modèles agricoles et alimentaires plus responsables.

Celles-ci peuvent agir à plusieurs niveaux : en favorisant l’approvisionnement en produits locaux et bios dans la restauration collective, en soutenant la création et la structuration de filières agricoles durables, en facilitant l’installation de nouvelles exploitations, de fermes urbaines ou de tiers-lieux agricoles (mobilisation de foncier, mutualisation, etc.), en soutenant des initiatives solidaires… les leviers sont multiples !

En intégrant systématiquement les acteurs de l’ESS dans les Projets Alimentaires Territoriaux, les collectivités peuvent contribuer concrètement à la relocalisation de l’alimentation et à la création d’un système alimentaire plus juste et plus durable.

Découvrez les initiatives portées par les adhérents de la CRESS Île-de-France sur cette thématique !

  • La Butinerie est un lieu inspirant à Pantin engagé pour l’accès à une alimentation de qualité. Retrouvez-y une cuisine et cantine solidaire, des ateliers de sensibilisation sur l’alimentation, une Biocoop…
  • Le Réseau AMAP IDF réunit l’ensemble des Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne en Île-de-France.
  • Le pôle territorial de coopération économique (PTCE) Pays de France promeut une agriculture biologique et l’accessibilité de produits sains dans le Val d’Oise, notamment à Goussainville à travers son Comité Local de l’Alimentation pour la Santé (CLAPS) ainsi qu’un Tiers-lieu Nourricier : La Goussette.
  • Le CESS IDF réunit l’ensemble des épiceries sociales et solidaires d’Île-de-France.
  • Biocycle collecte et redistribue des invendus alimentaires des professionnel·les de l’alimentation.
  • Altrimenti sensibilise les citoyen·nes à une alimentation de qualité et lutte contre le gaspillage alimentaire.
  • Abiosol forme et accompagne à l’installation d’agriculture biologique et paysanne en Île-de-France.
  • Pépins production permet l’installation de pépinières de quartier en cœur de villes.

 

Pour aller plus loin :

[1] Source : INSEE, Les agriculteurs : de moins en moins nombreux et de plus en plus d’hommes, 2020 https://www.insee.fr/fr/statistiques/4806717
[2] Source : INSEE, Transformations de l’agriculture et des consommations alimentaires, 2024 https://www.insee.fr/fr/statistiques/fichier/7728903/AGRI24.pdf
[3] Source : INSEE, Transformations de l’agriculture et des consommations alimentaires, 2024 https://www.insee.fr/fr/statistiques/fichier/7728903/AGRI24.pdf
[4] Source : Agreste, L’essentiel sur l’agriculture Française, 2025 https://agreste.agriculture.gouv.fr/agreste-web/download/publication/publie/Infographie-2025-2/Chiffres-%20cles_version_francaise_SIAL2025-2pages.pdf
[5] Source : Agreste, 2025 https://agreste.agriculture.gouv.fr/agreste-web/download/publication/publie/IraCex2539/2025_39inforapcommerceext.pdf
[6] Source : Assemblée nationale, Constitution du 4 octobre 1958, Dix-septième législature, Rapport n° 932, enregistré le 12 février 2025.
[7] Source : France PAT, 2025 https://france-pat.fr/2025/05/05/avis-du-cese-faire-de-lacces-a-une-alimentation-de-qualite-une-grande-cause-nationale.