L’ESS : une réponse à la libéralisation du secteur de la petite enfance

 

Depuis le début des années 2000 et notamment à la suite des réformes du secteur de la petite enfance engagées par le gouvernement Raffarin (2002-2005), on assiste à une hausse de la privatisation des crèches. En augmentant le nombre de places en crèche via le développement de l’offre privée, l’objectif de ces réformes était de combler le déficit d’accueil. Aujourd’hui, plus d’une place en crèche sur deux est créée par le secteur privé lucratif, qui représente à lui seul 39% des établissements français[1].

 

Pourtant, en 2020, le constat est sans appel : la France souffre d’un lourd déficit de places d’accueil en crèche. 40% des enfants de moins de trois ans se sont retrouvés sans solution de garde[2]. En 2024, la situation ne s’est pas améliorée : on estime le déficit de places à 200 000[3].

 

Cette montée en puissance des structures privées lucratives a mis en lumière des dérives préoccupantes. Les équipements sont rationnalisés et les effectifs sont au détriment de la qualité d’accueil des enfants et de leurs parents. Le bien-être personnel et l’épanouissement deviennent secondaires : l’objectif premier est celui de la rentabilité.

 

Un moment clé de la vie, marqué par de fortes inégalités

 

La petite enfance est pourtant un moment clé dans la vie des jeunes enfants.  Bénéficier d’une place en crèche, c’est accéder à des temps de sociabilité et d’apprentissage essentiels. Pour les parents, ces premières années sont tout aussi cruciales : l’accueil des 0-3 ans a des effets directs sur l’accès à l’emploi, notamment des femmes. Garantir un accès à des solutions de garde pour toutes et tous, c’est donc agir en faveur de la réduction des inégalités sociale et de l’égalité femmes-hommes.

 

Le manque de solution d’accueil touche de manière plus marquée les territoires ruraux et les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), accroissant les inégalités socio-spatiales. En 2020, 40% des QPV n’avaient pas de crèches, malgré la sur-représentation des familles monoparentales[4].

 

Repenser le secteur de la petite enfance via l’économie sociale et solidaire (ESS)

 

Face à ce mouvement, l’économie sociale et solidaire constitue une alternative solide déjà structurante : en Île-de-France, près de 22% des établissements du secteur sont portées par des structures de l’ESS[5]. Centres sociaux, crèches associatives, coopératives… portent des projets fondés sur la qualité de l’accueil, le bien-être des enfants et l’accessibilité.

 

Pour répondre aux défis actuels posés par le secteur, l’ESS mobilise sa capacité d’innovation et s’adapte aux besoins des familles et aux spécificités des territoires. Crèches parentales, structures multi-accueil aux horaires élargies, lieux d’accueil parents-enfants, crèches éphémères et itinérantes… les solutions apportées sont nombreuses !

 

Petite enfance et ESS : agir en tant que collectivité

 

L’accueil des jeunes enfants constitue un enjeu central pour les collectivités en matière de cohésion sociale et d’équité. En soutenant les acteurs de l’économie sociale et solidaire, les municipalités et intercommunalités peuvent agir concrètement en faveur d’une offre de garde plus juste et adaptée aux réalités territoriales.

 

Soutenir les acteurs ESS de la petite enfance via des subventions, des marchés publics de la mise à disposition de foncier, les associer à l’analyse des besoins et à la construction des projets d’accueil, privilégier les modes de gestion non lucratifs pour les nouveaux projets d’accueil, créer des passerelles entre les différents modes d’accueil… les leviers sont multiples. Mobilisons-les.

 

Découvrez les initiatives portées par les adhérents de la CRESS Île-de-France sur cette thématique !

  • Agapi offre de nouvelles alternatives dans le monde de la petite enfance en créant et gérant des crèches écologiques et adaptées à la diversité des besoins des enfants et de leurs familles.
  • Les Ateliers Amasco luttent contre le creusement des inégalités qui s’installent entre les enfants de milieux sociaux différents, en proposant un accompagnement personnalisé pendant les vacances scolaires, avec une tarification solidaire.
  • Lire et Faire Lire dans les Hauts de Seine favorise le lien intergénérationnel et le développement du goût de lecture chez les enfants en proposant à des bénévoles de plus de 50 ans d’animer des séances de lecture à voix haute pendant l’année scolaire dans des lieux d’accueil de l’enfance et de la petite enfance.

 

Pour aller plus loin :

[1] Source : Drees, Données départementales sur l’accueil du jeune enfant, 2025 https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/communique-de-presse-jeux-de-donnees/jeux-de-donnees/250528_DATA_donnees-departementales-sur-l-offre-daccueil-du-jeune-enfant-2023
[2] Source : UFC-Que choisir, L’UFC que choisir exige un droit opposable, 2023, https://www.quechoisir.org/action-ufc-que-choisir-accueil-des-jeunes-enfants
[3]  Source : Rapport N°2660 de l’Assemblée Nationale, ”Sur le modèle économique des crèches et sur la qualité de l’accueil des jeunes enfants au sein de leurs établissements” https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/16/rapports/cecrec/l16b2660_rapport-enquete.pdf
[4] Source : Institut Montaigne, Les quartiers pauvres ont un avenir, 2020 https://www.institutmontaigne.org/ressources/pdfs/publications/les-quartiers-pauvres-ont-un-avenir-rapport.pdf
[5] Source : Observatoire Régional de l’ESS, d’après Insee FLORES 2019